Enlivrons-nous, le blog d'Emily

De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! Charles Baudelaire

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier

L’on parle beaucoup de Tracy Chevalier depuis quelques années. Connue pour ses romans historiques pleins de poésie, elle se penche dans Prodigieuses créatures sur le destin hors du commun de Mary Hanning qui, sans le savoir, fera des découvertes qui mèneront progressivement aux théories de Darwin.

Lorsque son frère se marie, Elizabeth Philpot, elle, n’a plus guère d’espoir d’en faire autant. Vieille fille de vingt-cinq ans, ses maigres ressources l’obligent à s’exiler avec ses deux soeurs à Lyme Regis, une station balnéaire. Que peuvent bien faire trois vieilles filles de leurs journées en 1804? Si Margaret, la cadette, fréquente les salons locaux, et que Louis l’aînée prend plaisir à jardiner, Elizabeth, elle, se découvre une passion pour les fossiles, ne rechignant pas à fouiller le sable et les pierres pour dénicher ses trésors. Son chemin va croiser celui de la petite Mary Anning, pauvre, sans éducation, mais avec un don pour trouver des fossiles. Quand la petite fille fait une découverte prodigieuse sur la place, elle et Elizabeth se heurte à l’incompréhension et au machisme d’un univers exclusivement masculin, la science…

Grand roman, Prodigieuses créatures est avant tout basé sur des faits réels : Mary et Elizabeth ont toutes deux existé et contribué aux découvertes scientifiques de l’époque. C’est un minutieux travail d’historienne que nous livre là Tracy Chevalier. Mais c’est également, et surtout, un roman qui se dévore. Les deux personnages principaux ont chacun leur propre voix et alternent le récit, un contraste bienvenu. Elizabeth est issu de la bonne société londonienne et est une vieille fille avec de l’éducation. Mary est presque illettrée et lutte contre la pauvreté. Tracy Chevalier esquisse le portrait de deux femmes très différents, et de façon plus large, de la condition féminine de l’Angleterre du début du dix-neuvième siècle : femmes, Mary et Elizabeth ne sont pas prises au sérieux. On ne les écoute pas, elles sont quantités négligeables. On les juge. Leur réputation est leur unique richesse. Cependant, à Lyme Regis, elles parviennent un tant
soit peu à s’affranchir de la tutelle masculine : le père de Mary est mort, et le frère d’Elizabeth est à Londres. Elles ne se marieront jamais. C’est à elles que certains scientifiques viennent demander de l’aide, et non pas au frère de Mary. On respecte leur opinion, on n’entrave pas leurs mouvements. Seul le qu’en-dira-t-on les menace. Mais à Londres, dans les musées, les salles aux enchères, les salons, elles doivent disparaître. Femmes dans un monde d’homme, elles doivent constamment lutter, renoncer à la reconnaissance qui leur est dû. C’est en lisant des récits comme celui-ci que l’on réalise à quel point la condition des femmes a évolué en deux siècles.

Les découvertes de Mary bouleversent l’ordre établi, en remettant en cause la doctrine chrétienne de la création du monde. Les interrogations religieuses d’Elizabeth ponctuent le récit : si la créature trouvée par Mary ne ressemble à rien de connue, peut-être n’existe-t-elle plus sur Terre? Sans le savoir, Elizabeth et Mary viennent de mettre à jour la théorie de l’évolution, précédant de quelques décennies Charles Darwin. Cependant, cette idée heurte le dogme chrétien : il faudra des années pour qu’autour de Mary, on l’admette. Celle-ci est néanmoins plus préoccupée par ses
problèmes financiers. Le lecteur suit l’enfance et l’adolescence de Mary : petite adulte, elle fait vivre sa famille grâce aux fossiles qu’elle trouve. Adolescente, elle perd de son sérieux et de sa maturité en s’éprenant d’un colonel. Cependant, rien de la détourne vraiment de sa passion, la recherche de « curios » comme elle les appelle.

Tracy Chevalier fait vivre ses personnages grâce à un style très anglais, au charme suranné. Au-delà d’une histoire de « fossiles », Prodigieuses Créatures est avant tout un grand roman d’amitié, une amitié improbable mais qui n’en est que plus belle. C’est un roman qui vous donnera envie de vous promener sur le littoral anglais et de retourner faire un tour aux musées d’histoire naturelle…que vous verrez d’un autre oeil !

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7 commentaires sur “Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier

  1. Aurelie
    2 mars 2011

    Je l’avais déjà repairé en librairie, la couverture est magnifique !! Je pense que je vais me l’acheter !

  2. silvi
    1 mars 2011

    un roman que je prévoie de lire….. dans l’année

  3. bouboune
    28 février 2011

    bonne lecture bises

  4. Pauline
    28 février 2011

    Quel magnifique livre!

    Et oui, nous aurons un tout autre regard sur ces belles pièces =)

  5. Anis
    25 février 2011

    J’aime beaucoup la critique que tu en fais car j’ai adoré ce roman. Roman de deux femmes libres, et de leur belle amitié aussi. Je suis contente que tu aies aimé aussi.

  6. Céline72
    25 février 2011

    Merci pour cette belle critique, je compte me l’offrir mais avant ça faut que je diminue encore un peu ma PAL.

    Bonne journée

  7. lapublivore
    25 février 2011

    J’ai adoré ce livre ; je suis franchement tombée sous le charme. Quelle merveille ! Vivement le prochain Tracy Chevalier,  JE SUIS UNE FAN INCONDITIONNELLE !

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Cette entrée a été publiée le 24 février 2011 par dans Romans historiques, et est taguée , .
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