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De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! Charles Baudelaire

Le miroir des courtisanes, Sawako Ariyoshi

Arthur Golden a popularisé l’univers feutré et mystérieux des geishas, avec un livre, puis un film. Mais Sawako Ariyoshi donne à ce monde une densité et une profondeur que l’américain n’a pas su totalement saisir. Auteur japonais emblématique et réputée, Sawako Ariyoshi nous offre avec le miroir des courtisanes un roman-fleuve d’une finesse rare, en nous contant l’histoire de Tomoko, enfant japonaise née à la fin de l’ère Meiji.

Trois générations de femmes vivent dans la maison familiale des Sunaga : Tsuna, la grand-mère, Ikuyo, la fille, et enfin, Tomoko la petite fille. A vingt-trois ans, Ikuyo est veuve mais déjà mère d’une petite fille de six ans. Son remariage va perturber à jamais la vie de Tomoko. Vendue à l’âge de dix ans à une maison de geishas par une mère égoïste et avide, la jeune fille doit évoluer dans le difficile monde des « saules et des fleurs », un monde cruel où les apparences  sont primordiales et où les sentiments doivent être réprimés et dissimulés.

Roman dense et intense, Le miroir des courtisanes est une histoire multiple, à la fois une histoire d’amour et de haine entre une mère et une fille, un roman historique dans un Japon en pleine mutation, dans une société patriarcale, un récit féminin, sur la condition des femmes dans l’univers impitoyable des geishas. Contrairement à ce que l’on croit, une geisha n’a rien d’une prostituée : c’est une artiste, à la conversation spirituelle et à la beauté reconnue. Tomoko échappe heureusement à la prostitution, le sort sordide que l’on réserve aux apprenties geishas qui n’ont ni beauté, ni intelligence. Elle saura s’élever socialement et finira sa vie en femme d’affaires accomplie. Cependant, les plus grands bonheurs de la vie lui seront refusés. Et elle vivra toujours dans l’ombre de sa mère, cette femme si belle et si juvénile, mais également cupide et égocentrique. Cette relation entre amour et haine est traitée avec finesse, et les deux femmes semblent finalement être le miroir l’une de l’autre. C’est l’histoire d’une fille oubliée, et d’une mère dépourvue d’amour, uniquement préoccupée de son confort matériel et de sa beauté. Le temps agira bien entendu sur les relations entre les deux femmes : les jeux de pouvoir seront parfois inversés, mais tout au long de la vie de Tomoko, son destin restera intimement lié à celui de sa mère.

Lié aux profonds bouleversements qui secouent l’histoire japonaise du début du vingtième siècle, Le miroir des courtisanes évoque les changements au sein de la société nippone, l’américanisation des mœurs, la fin progressive des geishas, le sentiment de défaite après la deuxième guerre mondiale.   Tomoko constate l’évolution du monde, mais reste le témoin d’un « monde d’avant », ne se reconnaissant pas dans ce Japon en plein changement. Elle demeure profondément attachée aux valeurs familiales  si chères au peuple japonais, et reste perplexe devant l’évolution du quartier des plaisirs de Tokyo et du rôle des geishas.

Tomoko est une femme qui réussit ce qu’elle entreprend : intelligente et déterminée, elle gravit les étapes. Cependant, son succès est entièrement dépendant du bon vouloir des hommes. Dans une société largement dominée par les hommes et l’argent, Tomoko parvient à prospérer grâce à l’appui de son riche protecteur. Elle tâchera cependant de s’affranchir de la tutelle masculine et de réussir par elle-même.

Roman riche, au style vif et agréable, Le miroir des courtisanes est un de ces romans que l’on ne peut lâcher avant la fin. Malgré quelques répétitions pesantes, le récit se déroule avec fluidité au fil des pages. Un grand roman, qui permet une immersion totale dans la littérature japonaise.

Jusqu'à fin 2012

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7 commentaires sur “Le miroir des courtisanes, Sawako Ariyoshi

  1. Pingback: Filière livre » Archives du Blog » Lu pour vous – Le miroir des courtisanes, Sawako Ariyoshi

  2. Bénédicte
    15 août 2011

    Bonjour,
    L’année dernière, tu étais inscrite au challenge histoire organisé par jelydragon Elle ne le réorganisera pas cette année mais je prends le relais à partir du 01 septembre pour un an. Si tu as encore des envies de lecture dans ce domaine rejoins nous, je serai ravie de te compter parmi les participants. Les règles ne changent pas sauf suggestions d’amélioration de la part des participants et les inscriptions sont ouvertes dès à présent sur mon blog; A bientôt j’espère
    Cordialement

  3. Natacha
    1 août 2011

    Il a l’air assez bien ! Je le note !

  4. Céline72
    29 juillet 2011

    Il a l’air bien intéressant, je me le note.

  5. Virginie
    28 juillet 2011

    Très belle critique. Tu sauras convaincre la plupart d’entre nous qui hésite encore à découvrir la littérature japonaise. Merci pour la découverte, je note.

  6. irreguliere
    26 juillet 2011

    Je note, le sujet m’intéresse beaucoup !

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Cette entrée a été publiée le 25 juillet 2011 par dans Romans historiques, et est taguée , , .
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