Enlivrons-nous, le blog d'Emily

De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! Charles Baudelaire

Le Buveur, Hans Fallada

Une vie peut basculer avec juste un verre. C’est ce que nous démontre Hans Fallada dans Le Buveur, un texte fort qui montre la lente déchéance d’un homme qui se laisse peu à peu sombrer dans l’alcool.

Le très digne M. Sommer est un citoyen respecté qui mène une vie tranquille. Marié depuis des années à Magda, une femme douce et efficace, il possède un magasin florissant et vit dans une maison coquette. Mais il suffit de quelques échecs professionnels et d’un sentiment grandissant de frustration pour que ce quadragénaire bien sous tout rapport prenne le chemin de l’alcoolisme. Tout à fait conscient de sa chute, notre héros continue pourtant à boire à outrance. Jusqu’au jour où il tombe dans les griffes du système judiciaire allemand.

Le Buveur est un roman que l’on peut diviser en deux parties. La première partie nous présente la vie de ce monsieur Sommer et nous montre comment, d’homme respectable, il se mue en un ivrogne pitoyable. Cette chute se précipite jusqu’au point d’orgue, où Sommer atteint le fond du fond. Commence alors la deuxième partie du roman, qui montre comment Sommer perd son identité et son humanité, victime du système judiciaire allemand.

Ce qui est vraiment terrible dans ce roman, c’est cette conscience aigüe qu’a le héros de mettre toute sa vie en péril. Sommer sait qu’il agit mal, et est tout à fait lucide sur ses actions. Il se sent devenir ridicule, il sait qu’il met en danger son ménage et son commerce, mais persiste et signe. En lui semble ce produire un étrange combat, entre sa lucidité et ce besoin délibéré de tout piétiner. Les ravages de l’alcool sont rapidement visibles. Sommer boit à tout va, flirte avec les serveuses, devient très rapidement dépendant. Lorsque sa femme découvre l’alcoolisme naissant de son mari, Sommer fuit et s’enfonce encore davantage dans les ennuis en faisant confiance aux mauvaises personnes. Désemparée, Magda n’a plus d’autre recours que la police, puis l’internement. Notre héros, habitué au respectueux « Herr Sommer »‘, doit désormais se faire au fait de n’être plus que Sommer, un détenu comme les autres.

Il est difficile de déterminer ce qui pousse vraiment Sommer à boire au point de tout perdre. Il s’agit probablement d’un profond complexe infériorité vis-à-vis de la « très compétente Magda », qui cristallise bientôt toutes les haines d’un homme brisé. Sommer se sent émasculé par l’intelligence et l’esprit pratique de sa femme, et prend plaisir à la provoquer et à la choquer.

A travers du destin de Sommer, c’est le portrait de la société allemande de la première partie du XXème siècle que Hans Fallada dresse. Dans ces pérégrinations, puis, après son enfermement, Sommer rencontre énormément de monde, principalement des brigands et des voyous. Il observe avec un regard aigu le microcosme des prisons allemandes et la hiérarchie sociale qui se réorganise quand on est enfermé. Le lecteur est effaré devant les conditions de vie des prisonniers ou des aliénés.

Récit très prenant, et très fort, Le Buveur nous laisse un goût amer dans la bouche, car il est difficile de ne pas prendre en pitié cet homme dont la vie a été mise à sac par l’alcool.

Le Buveur, Hans Fallada. Gallimard Folio, 2012.

 

 

 

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Cette entrée a été publiée le 11 août 2012 par dans Contemporain, et est taguée , .
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