Enlivrons-nous, le blog d'Emily

De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! Charles Baudelaire

Furioso, Carin Bartosch Edström

Le polar suédois a le vent en poupe depuis quelques années, mais après en avoir lu quelques uns, on a rapidement l’impression que les intrigues se ressemblent toutes énormément. C’est avec cet apriori assez négatif que j’ai commencé Furioso. Mais rapidement, la construction et le style du récit montrent au contraire une volonté d’innovation et de renouvellement des codes du roman policier. Une bonne surprise !

Une île, un groupe, un mort. Si le pitch du départ vous rappelle Dix petits nègres, d’Agatha Christie, c’est probablement voulu. Sur une petite île suédoise, les membres du quatuor féminin Furioso se réunissent pour enregistrer le dernier morceau de leur disque. Mais l’une des membres se blesse et doit alors faire appel à un de ses amis, Raoul, pour la remplacer. Mais Raoul n’est pas qu’un musicien brillant : il a un charisme sexuel indéniable et ne laisse pas les membres du quatuor indifférentes. D’ailleurs, l’une d’elle, Anna, a été sa fiancée, et une autre, Helena, sa maîtresse pendant près de vingt ans. Très rapidement, des tensions se nouent. Puis, on retrouve un mort sur l’île…

Furioso est un huis-clos qui peut se diviser en deux parties bien distinctes : la première moitié du roman nous plonge au cœur des rivalités au sein du quatuor, sans aucun lien avec une intrigue policière. Nous apprenons à connaître chacune des femmes de l’orchestre, leurs envies, leurs peurs, leurs désirs. Et nous découvrons l’incroyable influence qu’a Raoul sur ses collègues. Nous suivons, heure par heure, son rapprochement avec Caroline, la plus jeune et la plus fragile membre du groupe, ses flirts avec son ex Anna, ses prises de bec avec sa maîtresse Helena. Tout semble pourtant anodin, même si la passion et la jalousie vont vers le crescendo au fur et à mesure des répétitions. Puis, la deuxième partie s’ouvre sur un nouveau personnage, Ebba, commissaire. Elle doit mener l’enquête sur une mort suspecte. Entre l’instant où se clôt la première partie du roman, et le moment où débute la seconde, quelque chose a basculé. Les tensions ont atteint leur paroxysme. Quelqu’un est mort. Qui, comment, et pourquoi ?

Cette construction, qui permet de bien connaître les protagonistes, tout en suivant l’enquête d’un point de vue policier, rend l’intrigue particulièrement prenante. Toutes les hypothèses nous passent par la tête, sauf, bien sûr, la vérité. Carin Edström joue avec nos nerfs, comme elle malmène ceux de ses personnages. Ceux-ci sont complexes et construits avec minutie. Raoul, violoniste prodige, séduit et détruit sans vergogne, sans véritablement se rendre compte de son charisme. Si le quadragénaire a tout ce qu’il pouvait souhaiter en apparence, il souffre en réalité de son absence de vie de famille. Peut-être aurait-il pu être heureux s’il avait finalement épousé autrefois Anna, une blonde plantureuse qui ne s’est jamais remis de leur rupture. Ou peut-être aurait-il trouvé en Helena, sa maîtresse de longue date, le soutien qu’il cherchait ? Helena, médecin brillant mais totalement aveuglé par sa passion pour Raoul, aurait été prête à sacrifier son couple et sa famille pour le violoniste. Restent Louise et Caroline. En couple, elles forment une paire très dissemblable. Louise est une femme mûre, une carriériste sûre d’elle. Caroline est une jeune femme fragile, très belle, mais dépressive. Sur l’île où ils répètent, tous ces personnages sont pris dans un engrenage infernal, où les vieilles rancœurs resurgissent et où de nouvelles jalousies naissent. Pris dans sa solitude insulaire, le groupe est rapidement au bord de l’implosion. Le lecteur suit l’histoire avec délectation, et une certaine impuissance. On sent le drame imminent, et à raison. A voir ces personnages coupés du monde, on dirait presque une télé-réalité qui dégénère.

Servi par un style fluide, le récit surprend, mais reste toujours cohérent. Furioso m’aura finalement réconciliée avec les polars suédois.

Furioso, Carin Bartosch Edström. JC Lattès, 2012.

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Cette entrée a été publiée le 11 novembre 2012 par dans Romans policiers/ thrillers, et est taguée , .
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