Enlivrons-nous, le blog d'Emily

De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! Charles Baudelaire

Kafka suite, Laurent Jouannaud

Kafka, cet écrivain torturé dont tout le monde connaît le nom, mais pas forcément l’œuvre, est mort de la tuberculose en 1924, inconnu. Qu’aurait-il fait de sa vie, qu’aurait-il écrit si la maladie ne l’avait pas fauché ? Laurent Jouannaud, fasciné par cet auteur, imagine la vie de Kafka, s’il n’était mort en 1924. Roman ? Biographie ? Difficile de classer cette œuvre unique.

Kafka, suite, Laurent Jouannaud

Kafka aurait survécu, il aurait écrit d’autres livres, vécu d’autres évènements du XXe siècle, comme la deuxième guerre mondiale. Laurent Jouannaud produit ainsi une vraie-fausse biographie, abondamment documentée et forcément très romancée. Nul besoin de véritablement connaître la vie de Kafka pour se plonger dans ce roman aux accents de vérité. Car Laurent Jouannaud nous immerge totalement dans l’intimité de cet auteur, qui devient personnage : des extraits de la correspondance réelle, et imaginaire de Kafka nous sont livrés, de même que des passages de son journal. Laurent Jouannaud imagine même les trames d’œuvres possibles. Sous sa plume, Kafka revit, et se révèle. Même aux lecteurs qui n’ont jamais lu ses livres.

Très rapidement, le lecteur oublie qu’il lit des hypothèses, qu’il dévore un roman : on a véritablement l’impression de lire une biographie de Franz Kafka. Tout se tient, tout est cohérent. Le travail de Laurent Jouannaud porte ses fruits. On sent également tout l’intérêt qu’il porte à son personnage, à cet auteur qui a autrefois existé. Il intervient parfois pour expliquer, justifier. On comprend bien aisément ses motivations. Tout semble vrai, grâce aux fréquentes citations du courrier et du journal de Franz Kafka. De ce point de vue-là, chapeau bas !

Grâce à l’histoire de Kafka, c’est la Vienne, la Prague, le Nice du début du XXe siècle qui se dévoilent. On plonge dans une situation européenne de plus en plus compliquée. La partie la plus intéressante de ce roman qui n’en est pas vraiment un est probablement la vie niçoise de Kafka, pendant la deuxième guerre mondiale. Le style, simple, journalistique, permet au lecteur d’observer l’Histoire en toute objectivité. Laurent Jouannaud n’hésite pas à livrer des faits, des informations réelles, qui rendent son récit encore plus intéressant.

C’est une lecture des plus intéressantes, car originale : il est rare de voir un auteur imaginer la vie d’un autre. Amateur de littérature, cette biographie romancée vous séduira sûrement !

Kafka, suite, Laurent Jouannaud. Editions Pascal Galodé, 2012.

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3 commentaires sur “Kafka suite, Laurent Jouannaud

  1. Clea
    24 février 2017

    Bonjour ! Votre blog est bien sympathique. Découvert lors d’une recherche sur Jouannaud à propos de l’adorable Kafka .

    Les clichés ont la vie dure ! et comme Jouannaud malgré un talent de conteur qu’on ne lui contestera pas, contribue à les alimenter , je ne peux pas m’empêcher
    d’y mettre mon grain de sel. …

    Kafka est l’un des auteurs sur lesquels on a écrit le plus , vous ne l’ignorez pas . Etrangement seule une petite minorité le LIT comme doivent être lues les grandes
    oeuvres , celles qui vous secouent , celles qui vous sauvent la vie aussi , c.à d. dans le texte original. On n’est vraiment pas obligé de lire tout , de savoir tout , si l’accès à l’essentiel passe par la littérature, l’Art , le Sexe , le Sacré alors on a le choix quand même , ne trouvez-vous pas ? chaque culture nous offre de multiples vecteurs d’Authenticité, de nombreux auteurs peuvent servir de « passeurs » .Et à notre époque , en mal d’identité où on pourrait se croire quelquefois dans un déambulatoire de déprimés malgré les « smilies » à tout bout de champ .. époque passionnante pourtant , le déclinisme n’est pas mon fait , quelque chose d’important se passe, chez les jeunes , les moins jeunes , ce n’est pas une question d’âge .

    Une des difficultés pourtant certaine est justement l’accès aux oeuvres elles-mêmes, le contact direct, immédiat , personnel avec cet intime qui surgit à travers
    les lignes d’un grand auteur . Trop souvent les structures ,enseignantes les emprisonnent dans des programmes ou bien restrictifs ou bien castratifs .
    L’enivrement est rarement au rendez-vous des exposés obligatoires , des épreuves formatées.

    Kafka m’a sauvée de la déprime, pourrais-je dire , ces pages du journal où , toujours , il s’aggrippe à « l’Indestructible » au fond de lui-même , pour ne pas sombrer m’ont aidée moi aussi à résister dans les heures de solitude . Kafka aurait méprisé les Paradis Artificiels du cher Baudelaire que je consommais également et qui , lui, ne m’aidait nullement. L’accés aux oeuvres est plus difficile ,
    je le reconnais , surtout qu’on propose toujours les poncifs , les romans , qui ne sont que des fragments , plus faciles d’accès sont les nouvelles, les textes courts, incisifs . Mais quand on est accro , tout à coup , tout s’éclaire, on découvre surtout son humour grandiose et on peut rire à perdre haleine , comme lui , lorsqu’il lisait ses textes à haute voix – Kafka avait un public, il n’était en rien un inconnu complet dans la scène littéraire , pour relever une des erreurs habituelles à son égard.

    Ce style particulier qui est le sien résiste au temps et il résistera. Ces dernières années est parue une biographie monumentale du Pragois , déjà , elle fait date , c’est une somme et elle est unanimement saluée positivement par la Critique ,Reiner Stach a consacré tout bonnement sa vie entière à l’exploration des courtes
    années de vie de Franz K. Je dois avouer que malgré mon scepticisme et malgré
    certaines divergences d’interprétations je dois reconnaître l’immensité de son travail , sa perspicacité et l’interêt socio-historique de cette fresque de toute une époque qui remonte par exemple jusqu’aux origines de la formation de l’état tchèque pour nous expliquer cette position particulière des juifs germanophones
    qui bizarrement étaient du côté de l’occupant autrichien qui régissait la population tchèque …
    De cette biographie le premier tome est disponible en anglais , d’après Fnac online ,c’est déjà quelque chose , je vous le recommande chaudement et vous comprendrez très vite
    de quels clichés il s’agit …
    Kafka n’est pas le seul à qui Jouannaud fait subir ce genre de traitement , Lautréamont ne lui laisse pas de repos et il le lui faut absolument jeter aux poubelles de l’histoire littéraire . Je connais très peu vraiment Lautréamont et
    peut-être ses textes ont ils vieilli , pourtant je ferais plutôt confiance à André Breton et á Apollinaire qu’á un Laurent Jouannaud qui déclare « nous cherchons à ne pas nous brûler » alors , oui, s’il y avait une définition de la vieillesse à chercher, voîlà qui fait l’affaire , on a peur de se brûler !!!! beau programme !
    blog.maldoror.org
    Je ne veux pas trop vous fatiguer avec mon intervention , le sujet me passionne ,
    je voulais juste dire , Avertissement au lecteur de traduction , Ceci n’est pas Kafka !!! Attention faussaires ….je n’ai pas fait d’études comparatives des traductions mais un exemple trouvé récemment illustre le bien-fondé de ma viscérale méfiance vis-à.vis de Marthe Robert , psy renommée du XXeme , traductrice, éditrice , commentatrice de l’oeuvre en France . et …. traître comme pas une : les souvenirs de Dora Diamant , avec qui Kafka était fiancé, il avait enfin trouvé LA femme , et il n’était en rien ce « petit homme gris » , c’est tellement faux (!!!), bref -je dois me stopper — Robert a soustrait à la Critique ces souvenirs , qu’elle avait recueilli des mains propres de Dora – il aura fallu attendre 50 ans !!!
    Donc cet exemple : sur le site de Jörg Langhans , un extrait du journal dans l’original , la traduction de Robert : atroce de fadesse (!!!) et puis le commentaire inspiré de ce graphiste inconnu de moi mais qui lui restitue très exactement le message de Kafka . J’en reste là . Tout cela est facilement reconstituable.

    C’est parce que vous êtres une transmetteuse que j’ai eu le goût de vous proposer
    mon « grain de sel » . J’ai trop peur pour les élèves à qui on impose Kafka , quel gâchis … alors qu’il leur plairait tellement s’ils pouvaient le découvrir , initiateur ,
    guide , oui, guide quelquepart , il arrache les voiles et va vers l’essentiel , sachant que la « Porte » ne s’ouvre guère qu’aux courageux , à ceux qui acceptent de se brûler .. ».toute la Splendeur du monde est à portée de la main …. » paroles de névrosé ???

    Bien amicalement

    Clea

  2. le respect à l'école
    10 février 2013

    J’avais lu un bouquin autrefois qui portait le titre de Kafka. Cela racontait l’histoire d’un homme banal qui se transformait en … mouche, dans sa chambre. Vers la fin, il était monstrueux et grimpait aux murs. Ca s’est mal terminé pour lui. Je me demande si cette nouvelle (car c’était court) était de l’oeuvre de Franz Kafka…
    – Professeur Tournesol

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Cette entrée a été publiée le 3 janvier 2013 par dans Contemporain, et est taguée , .
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