Enlivrons-nous, le blog d'Emily

De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! Charles Baudelaire

Une passion indienne, Javier Moro

Javier Moro, auteur espagnol qui a récemment fait découvrir à des milliers de lecteur la destinée de la famille la plus importante d’Inde avec son roman Le Sari rose. Cependant, avant de s’intéresser à l’histoire contemporaine de ce pays immense, il avait déjà écrit sur  l’Inde, mais une Inde encore régie par l’empire britannique, l’Inde des maharajahs.  Afin de faire découvrir au lecteur un pays au tournant de son histoire, Javier Moro se base sur l’histoire vraie d’Anita Delgado, une jeune danseuse andalouse aux origines modestes, qui s’attira par son charme et sa candeur les faveurs du rajah du Kapurthala, une région au nord de l’Inde. Amoureux fou, le rajah la couvre de richesses, et l’emmène en Inde, où elle sera une éternelle intruse, rejetée par les quatre autres épouses de son mari, mais également par les autorités britanniques.

 Une passion indienne

Malgré un ton assez détaché, propre aux biographies, Javier Moro réussit l’exploit de rendre son héroïne la jeune et jolie Anita extrêmement attachante, et l’on suit avec bonheur ses aventures. Mais au-delà du roman, Javier Moro parvient à ressusciter l’Inde du début du vingtième siècle, qui commence à se mouvoir tout doucement vers l’indépendance : il décrit les relations tendues entre
des anglais craignant la naissance d’une classe d’anglo-indiens aux idées indépendantistes et des princes, qui ne sont pas vraiment des rois, et qui souffrent de n’être que des souverains de pacotille. Le lecteur découvre une Inde régie par les traditions, une Inde aux coutumes variées, aux religions diverses : Javier Moro explique de façon très précise, et sans jamais lasser, le système des castes, très complexe, ou les différences entre musulmans, hindous et sikhs.

En parallèle, l’on nous peint le portrait de la bonne société internationale, qui voyage sur des paquebots de luxe, danse le tango à Paris, dépense sans compter chez Cartier et Fabergé, éduque ses héritiers en Europe. Anita, d’Espagnole sans le sou, devient une maharani indienne à la richesse indécente. Pourtant, elle se heurte au mépris et à l’incompréhension des épouses indiennes de son mari, qui ne l’accepteront jamais. Ces rivalités féminines, parfaitement exploitées par l’auteur, ainsi que la personnalité volage du rajah, amèneront progressivement l’idylle des personnages à son terme. Le lecteur assiste à cette évolution inéluctable avec un sentiment d’impuissance, et souhaiterait voir Anita vivre heureuse avec l’amant qu’elle finit par prendre, le propre fils du rajah. Mais comme seules les histoires vraies peuvent le faire, rien ne finit jamais comme on pourrait s’y attendre.

Si au début, l’on alterne entre la venue d’Anita en Inde, et sa rencontre avec le rajah, par la suite, Javier Moro consacre des chapitres entiers à l’histoire du rajah, à son passé, d’anecdotes cocasses en événements politiques, ou à ses compagnons, rivalisant tous dans la démesure. L’aspect historique est bien évidemment crucial dans ce roman : ainsi, la première guerre mondiale est évidemment un événement qui bouleverse la vie d’Anita. Le lecteur apprend ainsi comment l’empire britannique a envoyé à la mort des milliers de jeunes Indiens. Une passion indienne séduit finalement non par le récit d’une histoire d’amour tragique, mais par sa description d’un pays et de son histoire, par la découverte d’une culture riche et très variée.

Une passion indienne, Javier Moro. Points Seuil, 2007.

Cet article a été publié initialement le 18 octobre 2010.

Publicités

8 commentaires sur “Une passion indienne, Javier Moro

  1. marise
    22 octobre 2010

    j’aimrais bien le lire ! ♥

  2. domi
    22 octobre 2010

    ah bon pas de bons auteurs de polar français et Fred vargas ? et Dominique Sylvain ?

  3. latite06
    21 octobre 2010

    Ca m’intéresse !! Je le note, ton billet me donne très envie de le découvrir 🙂

    Bonne soirée !

  4. mentale
    20 octobre 2010

    ma grosse bise du mercredi*

  5. Liyah
    19 octobre 2010

    Ce livre est dans ma PAL depuis bien longtemps !

  6. domi
    19 octobre 2010

    je fais un petit tour pour découvrir ce que tu lis, ou a lu.

    beau choix que celui là, toute la magie d’un univers féérique

    , mais qui ne l’est pas tant que ça et une sombre histoire d’amour tragique ! ça donne envie

    en ce moment je dévore un recueil de Didier Daeninckx qui regroupe les cinq premiers romans de cet auteur de polar français et comme je le disais précédemment à Antony, c’est vraiment très bien.
    Des enquêtes au fil des années 80, des descentes au coeur des répressions des manifestations algériennes de 61 où des enquêtes prenant naissance pendant cette même guerre, Un inspecteur attachant
    malgré ou grâce à ses faiblesses, ses secrets, et ses silences….Je recommande

  7. belledenuit
    19 octobre 2010

    Je suis contente que ce livre t’ait plu. Je l’ai découvert il y a maintenant 2 ans mais j’en garde un très bon souvenir.

  8. mentale
    18 octobre 2010

    Mon grand coucou du jour

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 8 avril 2014 par dans Romans historiques.
%d blogueurs aiment cette page :